Remind me a past grandeur

Ces bâtiments sont gigantesques pour la plupart, hôtels, orphelinats, hôpitaux. Un espace immense, écrasant de grandeur, impossible de ne pas me sentir vulnérable en face de ces géants majestueux. Pourtant, je connais bien l’extérieur de ces monstres enchanteurs : j’ai passé des heures sur street view, j’ai étudié la vue satellite en amont. Je connais leur grandeur, leur fonction : ils ont accueilli des voyageurs, des enfants abandonnés ou des malades. Mais qu’y a-t-il à l’intérieur de ces surprises édifiantes ? Je ne le sais pas encore.

Les entrées sont souvent plus difficiles à repérer. J’ère quelques temps dehors, j’admire la construction et fais le tour plusieurs fois en faisant toujours attention à ne pas être repéré. L’adrénaline monte. Il m’est arrivé d’ailleurs arrivé de ne pas pouvoir entrer. Dans ce cas, je ne force pas les portes, ne casse pas les fenêtres. Si aucune entrée n’est possible sans acte de vandalisme, alors je rebrousse chemin et me dis que c’est comme ça, malgré, je l’avoue, une certaine amertume. Que se cachait-il derrière cette porte fermée, parfois barricadée ? Sur quelle chambre aux mille mémoires intactes aurais-je pu tomber ? J’imagine ce que j’aurais pu y trouver et les trésors qui y sont cachés. L’imagination reprend ses droits.

Mais la chance s’est souvent placé de mon côté, il ne m’est arrivé que très rarement de ne pas pouvoir pénétrer ces géants. Malgré quelques sorties périlleuses j’y suis la plupart du temps arrivé.

Une fois dedans, mon horizon d’attente se trouve complètement ébranlé. Je me sens minuscule, presque ridicule. Pourtant, j’avais étudié l’architecture du bâtiment. Peu importe, c’est toujours une surprise, un émerveillement, un labyrinthe de mémoires. Je fais un premier tour, comme à mon habitude, cela me rassure, ce premier contact est toujours fort, alors je reviens doucement sur mes pas afin de commencer mon travail photographique. Les pièces sont souvent immenses. De temps à autres, la lumière jaillit par quelques sources cachées. Parfois pas du tout. Je me retrouve alors dans l’obscurité totale, seulement éclairé par ma lampe torche. C’est une des situations où je me sens le moins à l’aise, j’en ai presque le souffle coupé et essaie d’être le plus discret possible.

Il est toujours étrange de constater à quel point l’être humain perd souvent ses moyens dans les lieux très sombres. Bribes de mémoire des temps anciens où les ténèbres demeuraient. Je n’y reste pas des heures et reviens vite vers une source de lumière.

Je passe souvent une journée entière dans ces lieux, du fait de l’immensité et le temps d’adaptation à l’ambiance présente, je suis moi-même en immersion complète de ces intimités révélées. Lorsque je sors de ce bâtiment, mon esprit est autant rempli que la carte de mon appareil. J’ai l’impression d’avoir fait un nouveau voyage, mon voyage, celui où je me sens libre. Je reviens de loin.

J’y ai découvert des merveilles, qui me font encore rêver aujourd’hui, des endroits remplis d’histoires, de changement, voués pour la plupart à l’effondrement. Certains sont aujourd’hui en cours de rénovation où certains projets voient le jour. Une nouvelle vie pour ces lieux, qui ne feront peut-être plus mon bonheur mais celui de centaines d’autres personnes.

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