Requiem for piano

Les vieilles villas, les très anciens manoirs, les châteaux en ruine sont bel et bien les lieux abandonnés que je préfère. Non pas pour l’élégance de leur pierre éternelle, des fresques décolorées par le temps ou leur bois qui craque sous mes pas. La plupart renferment tous le même trésor dans leur for intérieur : un piano. Pièce de bois, dominos mélodiques et cordages, boîte à musique en bas relief. Le temps a cassé leur harmonie, désaccord des abandons subis. Isolement de la plus joyeuse des pièces musicales. L’instrument aux notes d’ivoire m’ensorcèle depuis mon plus jeune âge. Moi-même pianiste, l’émotion prend le dessus sur moi lorsque je découvre un piano à l’abandon. C’est le point culminant de mon art : mes deux passions se retrouvent au sommet de mes sentiments. C’est une ivresse inexplicable, une exaltation délicieuse de ma vie d’artiste.

Je rôde alors pendant des heures autour de lui, je multiplie les prises de vue, complètement obnubilé par cette pièce représentant pour moi le géant de la musique. Il semblerait presque que, dans mon extase, je parvienne à percevoir d’anciennes mélodies harmonieuses.

Je peux imaginer d’anciens propriétaires ne pouvant pas trouver facilement les fonds nécessaires pour déménager ces beaux pianos, les enfants refusant gentiment ce superbe héritage. Mais je ne peux m’empêcher de penser, de réfléchir, d’essayer de comprendre comment il est possible de laisser un piano derrière soi ? L’ami fidèle du pianiste qui est tant de fois venu caresser ses touches. Ne devrait-il pas être sauvé ? J’aimerais les récupérer, tous. Mais je ne le sauverai pas, ce serait du vol. On ne vole pas des trésors, on les contemple.

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